John James Audubon, Comment je dessine les oiseaux

« J’étais jeune alors, et l’impatience d’arriver à mes fins m’emplissait la tête de quantité d’idées. Il m’arrivait fréquemment de rêver d’une nouvelle trouvaille ; et un beau matin, bien avant l’aurore, je sautai à bas de mon lit, persuadé d’avoir trouvé la solution. Je fis seller un cheval, l’enfourchai et partis au galop en direction du petit village de Morristown, situé à environ cinq milles. En arrivant, je trouvai portes closes car il ne faisait pas encore jour. Je me rendis donc à la rivière, m’y baignai et repris le chemin du village. J’entrai dans le premier magasin ouvert, achetai du fil de fer de différentes grosseurs, bondis sur mon coursier et fus bientôt de retour à Mill Grove. Je crois vraiment que la femme de mon tenancier me crut devenir fou : quand elle me proposa un petit déjeuner, je lui répondis que je voulais seulement mon fusil. Je partis vers le ruisseau et abattis le premier martin-pêcheur qui se présenta. Je le ramassai et, le tenant par le bec, le ramenai à la maison. J’envoyai chercher le menuisier et le priai de m’apporter une planche de bois tendre. Quand il revint, il me trouva en train d’appointer à la lime des bouts de fil de fer, et je lui montrai ce que j’avais l’intention de faire. Je transperçai le corps du martin-pêcheur et le fixai sur la planche ; je fis passer un autre fil de fer au-dessus de la mandibule supérieure pour donner à la tête une belle attitude ; des fils plus petits maintinrent les pattes à mon goût, et j’eus même recours à des épingles ordinaires. Le dernier fil de fer releva à merveille la queue de l’oiseau, et enfin, j’eus devant moi un véritable martin-pêcheur.
N’allez pas croire que je fusse incommodé de n’avoir pas pris de petit déjeuner. Pas du tout ! Je traçai les contours de l’oiseau en m’aidant d’un compas et de mes yeux, le coloriai et achevai mon dessin sans une seule fois ressentir la faim ! Mon brave menuisier ne m’avait pas quitté de tout ce temps, ravi de me voir content. Ce fut ce que j’appellerai ma première représentation d’après nature, car même l’œil du martin-pêcheur avait l’air de vie quand, du doigt, je lui relevais les paupières. » John James Audubon, Comment je dessine les oiseaux

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image« Comme Requien, Moquin-Tandon associa Fabre à ses herborisations ; un soir, pour remercier le jeune collègue de ses services, il lui offrit de lui apprendre à disséquer. Ils étaient encore à table, devant les reliefs d’un frugal souper ; des fruits emplissaient un compotier : un escargot imprudent traînait nonchalamment sa coquille sur les poires et les raisins. Le savant toulousain prend une assiette creuse, y verse un peu d’eau, maintient l’escargot dans l’eau, détache la coquille, et à l’aide de ciseaux fins et de deux aiguilles, ouvre délicatement le corps de la bête, sépare les tissus, montre les vaisseaux, les organes, les filets nerveux… C’est, en quelques secondes, sur une table d’auberge, avec des instruments rudimentaires, toute une sensationnelle leçon d’anatomie. Mais quel auditeur frémissant d’enthousiasme ! quelle étincelle pour le feu qui couvait dans l’âme ardente de Fabre ! » La vie de J.-H. Fabre, L’Homère des insectes, Édouard Maynal, Librairie Plon, Paris, 1925

chardonneret #1

Mon chardonneret, je renverserai la tête
Et nous regarderons le monde tous les deux :
Un jour d’hiver piquant comme de la vannure,
Est-il si violent dans tes yeux ?

Plumes jaune-noir, une barque – la queue,
Sous le bec – bigarrure,
Comprends quel chardonneret tu
Es !

Quel air sous ce crâne –
Noir et rouge, jaune et blanc !
D’un côté l’autre – toujours sur ses gardes !
Envolé – n’est plus aux aguets !

9-27 XII 1936, Ossip Mandelstam, Les Cahiers de Voronej (traduction Christian Mouze), Harpo &